Etat des lieux sur le recul strategique

 Contexte

Les côtes du Languedoc-Roussillon sont essentiellement (à l’exception de quelques promontoires rocheux et de la côte Vermeille) basses et sableuses : elles sont donc particulièrement exposées à la problématique du changement climatique et à ses conséquences en matière d’érosion.

Tempête à Carnon (34) -  voir en grand cette image
Tempête à Carnon (34)

Face à l’érosion des côtes et l’élévation croissante du niveau marin, les solutions traditionnelles (ouvrages lourds) de protection du littoral ne paraissent plus justifiées dans les secteurs ne présentant pas d’enjeux forts (habitations notamment). De nouveaux modes de gestion de l’érosion marine sont mis en place, il peut s’agit de méthode de protection douce des littoraux telles que la restauration des cordons dunaires mais aussi le choix du recul (ou repli) stratégique.

Tempête à Valras (34) -  voir en grand cette image
Tempête à Valras (34)

Il s’agit d’admettre l’évolution du rivage, d’accepter le gain de territoire par l’engraissement du rivage et inversement la perte d’une partie du territoire en cas de recul. Il s’agit de respecter le fonctionnement du système dune-plage et ses transferts intrinsèques afin de ne pas altérer les fonctionnalités de l’écosystème. Il faut accepter sociologiquement et économiquement la mobilité naturelle du trait de côte car le littoral bouge naturellement et on ne peut le fixer partout. C’est aussi pourquoi il ne faut pas créer aujourd’hui de nouveaux enjeux dans les zones à risques mêmes si elles ont été temporairement fixées par des enrochements.

Tempête à Frontignan (34) -  voir en grand cette image
Tempête à Frontignan (34)

La solution d’un recul stratégique (infrastructures, activités…) est souvent intéressante économiquement à long terme tout en permettant de restaurer le caractère naturel du site et de préserver son attrait touristique.

 Objectifs

  • Définir, par un travail bibliographique, mais aussi « à dire d’experts », la notion de recul stratégique et ses conditions de mise en œuvre.
  • Identifier des « success stories » d’actions menées en France et dans d’autres pays en matière d’anticipation et d’accompagnement de l’érosion côtière. Il s’agit de mettre en place une procédure de benchmarking global autour de la thématique du recul stratégique pour permettre de répondre à la question le recul stratégique est-il envisageable en zone urbaine ou peut-on concilier risque côtier et planification viable ?
  • Établir un guide technique détaillant toutes les étapes cohérentes amenant à la mise en pratique de la notion de recul stratégique. Il s’agit ici de fournir un « mode d’emploi » sur le recul stratégique afin de définir ces conditions d’application à l’échelle régionale. On situe donc cette réflexion bien en amont des démarches de recul stratégique, il n’est pas prévu ici de faire une simulation de mise en œuvre sur une commune littorale.

 Résultats

 Phase 1 : synthèse des connaissances existantes et réflexion sur la portée de la notion de recul stratégique**

Pour quels raisons veut-on rentrer dans une démarche de recul stratégique ? Raisons sociales et économiques :

  • Le danger est trop important dans les zones littorales, on veut mettre en sécurité des biens et des personnes. C’est souvent la raison invoquée suite à une submersion marine ou à un effondrement de falaise quand il y a urgence.
  • Le coût engendré par l’entretien, le maintien ou le renforcement des défenses actuelles est excessif. Il est excessif mais surtout supérieur aux biens protégés notamment car ils se situent en zones à risque. Cela s’applique dans les secteurs où il y a une certaine culture du risque car le prix d’un bien est celui fixé par la personne qui est prêt à l’acheter.
  • Recréer des usages propres aux zones côtières non artificialisée (tourisme vert ou zones récréatives). Raisons écologiques : recréer des zones de biodiversité. Dans quels buts proposer un recul stratégique, pour quels objectifs ? Pour qu’un projet de recul stratégique réussisse il faut que ses objectifs (buts) soient dès le début bien définis, facilement mesurables et concrètement observables. Les buts peuvent être par exemple :
  • La réduction de la vulnérabilité : éviter de perdre des terrains à forte valeur économique, sociale ou écologique.
  • La création de nouveaux habitats,
  • La re-naturalisation de sites.
Habitation détruites par la houle en Floride -  voir en grand cette image
Habitation détruites par la houle en Floride

Suite à l’étude des stratégies adoptées à l’échelle régionale et nationale en France et à l’étranger (Amérique du Nord, Royaume-Uni, Nouvelle-Zélande, Europe du Nord) il possible de proposer le schéma suivant :

Schématisation de la définition du recul stratégique -  voir en grand cette image

En relation avec l’ensemble des stratégies présentées ici, nous proposons de définir le recul stratégique comme suit : Le recul stratégique est un mode de gestion du littoral qui consiste à déplacer les enjeux (habitations, infrastructures, …) afin de les mettre à l’abri des aléas naturels et de fournir au système littoral un espace de liberté suffisant à son équilibre. Il s’agit d’une forme durable d’adaptation au changement climatique qui est mis en place quand le coût des ouvrages de protections et leur maintenance est supérieur à la valeur des biens mis en péril. La dépoldérisation est une forme de recul stratégique notamment applicable dans les zones naturelles ou agricoles. Le recul stratégique constitue la seule méthode réellement durable de gestion des risques érosion et submersion marine, les autres modes de gestion, même doux, ne sont là que pour laisser le temps aux occupants du littoral de s’adapter en reculant.

Télécharger le rapport de phase 1 : Synthèse des connaissances existantes et réflexion sur la portée de la notion de recul stratégique

 Phase 2 : Réflexion sur des conditions nécessaires à la mise en place du recul stratégique - études de cas**

Nous avons fait le choix d’étudier des cas emblématiques de recul stratégique qui ont permis ou qui pourraient permettre de rétablir tout ou partie du fonctionnement naturel de l’interface terre/mer et d’assurer une protection durable contre les risques érosion/submersion. Les cas étudiés sont les suivants :

  • Le Bassin d’Arcachon (Gironde)
  • Les Bas-Champs de Cayeux
  • Ault et le projet d’aménagement du moulinet
  • Criel-sur-Mer (Seine-Maritime)
  • La baie des Veys (Manche)
  • Angleterre : Freiston shore (lincolnshire)
Falaise à Criel-de-Mer (76) -  voir en grand cette image
Falaise à Criel-de-Mer (76)

Il est important de noter en premier lieu que généralement, la population est défavorable à ce type de projet. Mais depuis une quarantaine d’années, il existe un changement de politique concernant la notion de frontière entre la terre et la mer. Les coûts économiques élevés liés au maintien d’enjeux faibles, à des endroits sur lesquels ils sont fortement vulnérables, ont induit cette réflexion. Seulement cet unique élément ne peut suffire à convaincre la totalité des acteurs. Deux autres points entrent ainsi en jeu. D’une part lorsque les usagers sont conscients du danger, comme dans le cas de l’érosion d’une falaise, alors le recul stratégique leur apparaît comme une solution évidente. Ils sont parfois même porteurs du projet, c’est le cas de Criel-sur-mer notamment. D’autre part il arrive que ce soient des sites sur lesquels le recul ait été suggéré par des tempêtes. En France, seules les dépoldérisations que suggèrent les tempêtes sont acceptées, contrairement à l’Angleterre et à l’Ecosse A ces premiers points s’ajoutent l’importance de l’implication de la population dans les projets de recul stratégique. La communication peut être faite au travers de lettres aux résidents, de brochures d’information, d’articles dans la presse, d’ateliers participatifs ainsi que par contact direct avec les usagers. Cette communication doit de plus s’inscrire dans une période longue.

Télécharger le rapport de phase 2 : Réflexion sur les conditions de mise œuvre d’un projet de recul stratégique, études de cas

 Phase 3 : Propositions d’outils et préconisations méthodologiques**

Les éléments positifs à retenir :

  • Communication et concertation auprès des acteurs locaux Les différents types d'acteurs entrant en compte lors d'un projet de recul stratégique -  voir en grand cette image Schématisation des relations inter-acteurs lors d'un projet de recul stratégique -  voir en grand cette image
  • Prise de conscience de l’existence d’un risque
  • Intérêts économiques du projet

Les questions à débattre en amont :

  • Pourquoi mettre en œuvre un projet de recul stratégique :
  • Quels espaces, quel(s) enjeu(x) sont concernés :
  • Quels partenaires doivent être associés :
  • Quelles ressources sont nécessaires :
  • Comment faire adhérer la population :
  • Quelle durée est nécessaire à la mise en œuvre du projet :

Catégorisation des projets :

  • Projet de recul stratégique à l’échelle uni-enjeu
  • Projet de recul stratégique à l’échelle pluri-enjeux

Élaboration de fiches communales sur les possibilités d’un recul stratégique : Objectif : apporter des informations concernant l’éventualité de mettre en œuvre des projets de recul stratégique. En voici un exemple :

Fiche d'occupation de la commune du Grau-du-Roi -  voir en grand cette image
Fiche d’occupation de la commune du Grau-du-Roi

Télécharger le rapport de phase 3 : propositions d’outils et préconisations méthodologiques

Contacts : Provence Lanzellotti Hugues Heurtefeux

Documents à télécharger

Tempête à Valras (34)

Tempête à Valras (34)